GÉRER LES MÂLES - Règles de base
© Christel CHIPON
La gestion des lamas et des alpagas mâles, comme dans beaucoup d’espèces animales, demande réflexion.
Le mâle a un comportement territorial (plus ou moins, suivant les individus) et un instinct bagarreur pour protéger ce territoire des autres mâles. Acquérir des mâles suppose donc un minimum de réflexion, que ce soit pour l’élevage ou pour le loisir.
Mâles entiers ou mâles castrés ?
Pour un éleveur, le choix de mâles entiers s’impose pour des raisons évidentes, et les installations d’un élevage doivent permettre de les gérer correctement et de bien séparer les groupes d’âge.
Pour le loisir, on peut bien sûr choisir délibérément de prendre et garder des mâles entiers, mais l’acheteur néophyte doit être informé des contraintes et des problèmes possibles.
Or hélas la grande majorité des éleveurs veulent vendre leurs mâles très jeunes pour ‘vider les prés’, donc ils refusent d’envisager la castration, qui nécessite d’attendre que le jeune mâle ait au minimum 12 mois, et qui implique coût et responsabilités. Ils vendent donc des duos de jeunes à peine sevrés, tout mignons (« oh, ils sont grand copains depuis la naissance, il n’y aura aucun souci d’entente »). Ce qui est vrai jusque vers 2,5 ou 3 ans, quand la montée d’hormones génère les problèmes relationnels entre entiers.
Mais on évite d’avertir les acheteurs des soucis potentiels à venir, quand les deux copains se mettront à se bagarrer violemment en hurlant… Cela arrive hélas souvent, c’est tout simplement dans la nature des mâles de fonctionner ainsi.
Mais l’éleveur, bien sûr, considèrera que, si longtemps après, ce n’est pas de sa faute… alors qu’il a failli à son devoir de conseil 🙁
Hélas les acheteurs néophytes, eux, veulent avant tout des animaux très jeunes (‘pour les faire à leur main’), à bas prix, et qui en plus gardent leur capacité de reproducteur en bonus, au cas où…
Or pour l’éleveur le coût de revient d’un cria de 6 ou 7 mois et celui d’un jeune mâle castré soigneusement éduqué de 18 mois n’est pas du tout le même, donc le prix de vente non plus ! Alors pour pouvoir vendre facilement, beaucoup s’asseyent sur l’éthique et proposent ce que le client recherche 🙁
- Quelles précautions prendre avec des mâles entiers ?
- éviter de n’avoir que 2 mâles : le risque de bagarres fréquentes à l’âge adulte est très élevé, et si l’un des deux est très territorial et a le dessus sur l’autre, le mâle soumis risque de gros soucis de santé. Parfois d’ailleurs (surtout chez les lamas) certains mâles trop territoriaux doivent avoir leur parc personnel à côté des autres. Le nombre dilue l’agressivité, l’idéal est de prévoir 4 ou 5 mâles au minimum.
- veiller à bien faire limer les crocs de combat (qui commencent à pousser à partir de 2 ans) : les mâles peuvent s’infliger de graves morsures, notamment s’arracher les testicules, ce qui aboutit à la castration d’office, voire à la mort en cas d’hémorragie non jugulée.
- veiller à l’imprégnation : ne JAMAIS acquérir de mâle imprégné, et veiller à ne pas imprégner un jeune acheté au sevrage ou né chez vous (le risque subsiste, en diminuant progressivement, jusque vers 18 mois)
- ne pas mettre de jeune mâle dans un groupe d’adultes (pas avant 2 ans 1/2 à 3 ans, selon la morphologie et le caractère) : la santé et la vie de ce jeune sont gravement menacées
- introduire les nouveaux mâles par 2 dans un groupe d’entiers, si possible, pour éviter le bizutage du nouveau
- A quel âge castrer ?
Cette question est beaucoup débattue.
Pendant longtemps on a conseillé de ne pas faire castrer avant 18/24 mois pour ne pas gêner la croissance. Le conseil reste valable pour les lamas, mais les études récentes pour les alpagas montrent qu’une castration vers 12 / 13 mois est la solution idéale (cf article la castration des mâles), et permet de réduire les comportements de macho.
- N’est-ce pas dommage de castrer des mâles ?
Il naît davantage de mâles que de femelles, alors que les éleveurs ont besoin de beaucoup moins de mâles que de femelles. Comme l’objectif de l’élevage est d’améliorer en permanence la qualité des animaux et de leur fibre, seuls les meilleurs mâles devraient être gardés destinés à la reproduction, et les autres castrés pour le loisir, comme dans le monde équin, où la castration est couramment pratiquée.
C’est la responsabilité d’un éleveur de ne pas laisser des entiers partir à prix cassé entre les mains de personnes peu scrupuleuses prêtes à faire reproduire tout ce qui ressemble de près ou de loin à un alpaga, sans souci de consanguinité ou de défaut transmissible !
Un mâle castré, bien éduqué, sera un très bon animal d’agrément. Sa valeur ne s’effondre pas parce qu’il est castré : il se vend certes moins cher qu’un bon reproducteur, mais s’il est sain, beau et bien éduqué, il garde une valeur certaine, et ce type d’alpagas devrait être fortement mis en avant pour le loisir.
- Faut-il craindre l’imprégnation ?
Oui, bien sûr, il faut la craindre, car c’est un vrai problème. Mais il est facile de repérer un mâle imprégné avant d’acheter, et il faut bien se former pour ne pas imprégner un jeune animal que l’on a acheté, ou que l’on a fait naître (Voir cette page sur l’imprégnation)
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Mâles entiers ou mâles castrés
Les 4 crias de septembre sont arrivés, 2 mâles et 2 femelles, en pleine forme. Tous sont nés après une gestation plus longue que la moyenne (de 11 mois 12 jours à 11 mois 27 jours, la moyenne reconnue étant de 11 mois 11 jours). Ce qui est rare en automne, car depuis 15 ans je constatais que les naissances d’automne dépassaient peu les 11 mois, ou de quelques jours seulement. Il est probable que la sécheresse et les grosses chaleurs de cet été hors-normes ont entraîné un ralentissement de la croissance des foetus : le petit dernier, Denali, né le 23 septembre, est arrivé à 11 mois et 27 jours de gestation, ce qui est très long, et pourtant il ne pesait que 6,2kg, donc ce temps long a été nécessaire à son bon développement in utero qui avait dû être fortement freiné pendant l’été.